• Chapitre 8 : Un Choix pour l'Avenir

     

    L'excitation était palpable chez notre jeune garçon. Enfin il allait retrouver Elyas et il espérait sincèrement que ce dernier lui permette de retourner chez lui. Les silences, les non-dits, les changements de sujet ou encore l'ignorance à ses questions n'étaient plus choses permises. Et Aaron comptait bien le lui faire comprendre. Il avait beau jouer à l'homme sympathique, beau l'avoir sauvé et se prétendre être son protecteur, l'adolescent avait besoin de s'échapper de cette prison devenue pourtant chaleureuse. Il avait surtout besoin de retrouver ceux qui lui étaient si chers à ses yeux. Combien de fois avait-il pu penser à sa mère dont les pleurs n'avaient certainement pas pu trouver de repos depuis sa disparition. Ou encore à sa petite soeur qui ne devait absolument rien comprendre de ce qui se passait en raison de son jeune âge. Oui ses proches lui manquaient et Aaron ne pouvait pas continuer à vivre ainsi. Du moins, pas sans les avoir revu au moins une fois.

    L'arrivée dans le salon fut assez remarquée dans le sens où les deux enfants y pénétrèrent presque en même temps au pas de course. Si Léo ne perdit pas une seule seconde pour aller s'asseoir en criant un victorieux « J'ai gagné ! », Aaron calma rapidement ses ardeurs en découvrant qu'Elyas n'était pas la seule personne présente pour le repas du soir. Se figeant sur place, son regard navigua d'un bout à l'autre de la table en insistant tour à tour sur les visages de ces différents inconnus. Au côté d'Elyas, Aaron n'eut pas de mal à reconnaître la dénommée Ginger qu'il avait croisé juste avant de monter dans sa chambre. Ensuite, les choses se compliquèrent car il n'avait jamais rencontré les deux hommes qui s'étaient joints à eux. Le premier était trapu, de petit taille et aussi barbu que son oncle Edouard qu'il comparait au père Noël. L'autre était l'exact opposé : Grand, sec, élancé et victime d'une légère calvitie qui menaçait dangereusement ses cheveux.

    - Bonsoir, balbutia-t-il maladroitement alors que tous le regardaient à présent.

    Une réponse générale se souleva de l'assemblée telle une bourrasque de vent et très vite chacun se replongea dans la discussion qu'il avait interrompu lors de l'arrivée des enfants. C'est donc en silence et calmement qu'Aaron se dirigea vers sa chaise qui se trouvait juste en face de Léo. Puis il s'y installa. Edwin pénétra dans le salon quelques secondes plus tard et commença à servir le repas avec toujours autant d'enthousiasme dans ses yeux. La soirée s'annonçait festive et notre adolescent comprit qu'il lui faudrait attendre encore un peu avant de pouvoir s'adresser à Elyas.

    Les minutes s'écoulèrent sans qu'Aaron ne puisse entrevoir la moindre opportunité de faire sa demande. Les sujets s’enchaînèrent à un rythme endiablé entre les convives qui semblaient très à cran sur certaines décisions à prendre dans un futur proche. Ils parlaient de grandes pertes, d'urgence par rapport à la situation, de protection, de futures attaques... Bref de quoi perdre complètement le jeune Durtsam qui avait finalement préféré se plonger corps et âmes dans la dégustation de son assiette. Seulement, le sujet qui était sur le point d'être abordé allait changer cet état de fait. Ce fut la voix d'Elyas qui domina celle des autres et attira l'attention de tous.

    - Je pense qu'il est temps d'envoyer Léo et Aaron à Cirthalan. Plus nous attendons et plus nous mettons leur vie en danger.

    - Pourquoi se précipiter ainsi, s'étonna Ginger qui posa aussitôt son verre de vin qu'elle avait à peine entamé.

    - Là bas, ils seront en sécurité et protégés par la magie du sanctuaire.

    - Je le sais bien mais ne sont-ils pas en sécurité ici aussi ? Et puis on ne peut pas leur imposer une telle chose sans qu'ils n'aient eu le temps de s'y préparer.

    - Parce qu'il faut faire dans la sensibilité à présent ? Bougonna le petit homme barbu.

    - Moi je trouve qu'elle n'a pas tord Bradock. Ginger a juste voulu dire qu'on pourrait peut-être leur donner le temps de...

    - De quoi ? S'emporta le nain en coupant la parole au dernier des invités qui venait de prendre la parole. De faire un dernier câlin à papa et maman avant le grand voyage ? Je vous rappelle qu'ils ne sont pas loin. Ils rodent tout autour de nous et les récentes attaques nous ont montré qu'ils savaient pour ces enfants. Comment ? Je ne sais pas encore mais je compte bien le trouver. En attendant, renvoyer les gamins dans leur demeure n'est rien d'autre que de les renvoyer à une mort certaine.

    - N'avez-vous pas l'impression de jouer dans le mélodramatique Monsieur Sigrun ? Si telle est votre crainte, on peut toujours les escorter nous-même, l'en informa l'individu.

    - Mélogram... Molodo... Molédro... Arghhh peu importe ! Absolument pas ! Je disais juste que...

    - Je veux aller voir mes parents !

    Cette dernière phrase était arrivée telle une bombe en plein milieu de la conversation ne laissant aucun survivant. Plus personne n'osa parler. Une pseudo mort semblait flotter dans les airs. Tous les regards se tournèrent vers celui qui s'était manifesté. Aaron se tenait là, devant eux, debout, les bras posés sur la table, l'air plutôt agacé. Il avait suivi toute leur petite conversation même s'ils semblaient tous ignorer sa présence et celle de Léo. Pourtant, si quelqu'un avait bien son mot à dire dans l'histoire c'était bien eux.

    - Vous m'avez enlevé puis jeté ici. J'ai bien compris que quelque chose d'étrange rode dehors et pour une raison que j'ignore cherche à nous tuer. Je sais que je suis en danger et que si je reste avec ma famille je la mettrai en danger. Mais... mais j'ai besoin de les voir une dernière fois avant de partir. Juste... Juste pour... pour leur expliquer et... leur dire au revoir.

    Les larmes s'étaient mises à inonder le visage de l'adolescent sans qu'il ne puisse les contenir. La peur avait prit le dessus et son trop plein d'émotion avait eu besoin de s'évacuer. Très vite, Edwin accourut alors vers lui et le prit dans ses bras pour le consoler. Autour de la table, les regards se croisaient et se décroisaient sans que quiconque ne sache quoi dire. Seul Elyas était imperturbable, les yeux fixés sur l'enfant qu'il avait eu la chance de sauver quelques jours auparavant. Une décision devait être prise c'est certains mais le choix était loin d'être facile.

    - Il comprendra avec le temps, glissa alors soudainement Bradock pour tenter de convaincre une énième fois de la folie d'un tel acte

    - Mais vous n'avez donc pas de cœur ?

    - Moi !!! Sachez que je pense d'abord à l'intérêt de tous ôh madame Dangel ! Et je vous dis qu'envoyer ces enfants chez eux serait une belle connerie !

    - Ne prenez pas ce ton supérieur monsieur Sigrun. Nous sommes là...

    - Taisez vous ! Les interrompit Elyas qui n'avait cessé d'observer Aaron depuis ces dernières secondes.

    - Alors que faisons nous ? Demanda la voix plus posée et calme du dernier homme.

    - Nous les conduirons chez eux demain à l'aube, quand la nuit aura tiré sa révérence. Ginger et Rayane vous vous occuperez de Léo tandis que Bradock et Moi seront avec Aaron. Il faudra parler aux familles et leur fournir toutes les explications nécessaires.

    Le souffle bruyant qu'exprima Bradock montra clairement son mécontentement. Toutefois, il ne tenta pas de s'opposer à la décision prise par Elyas. Il se contenta de croiser les bras et de poser son dos sur son dossier tel un enfant faisant la moue. Le seul qui jubila vraiment face à cette décision fut clairement Aaron dont le sourire était revenu aussitôt. Il crut même voir Elyas esquisser un rictus mais ce dernier dissimula ses lèvres derrière son verre.

    - Très bien ! Je pense que nous pouvons passer au gâteau à présent ma chère Edwin, conseilla Ginger qui réajusta un magnifique collier qu'elle portait autour du cou.

    La gouvernante ne perdit pas un seul instant et fila en direction de la cuisine pour revenir quelques secondes plus tard avec un succulent gâteau dans les bras. Elle le posa au centre de la table puis s'empressa de desservir le reste des couverts afin que chacun puisse se servir en dessert. Énergique, elle s'activait autour de la table tout en répondant aux attentes des convives. Ainsi, lorsque Ginger lui demanda le couteau pour couper le gâteau elle décrocha celui qui était fixé à sa ceinture et le lui donna avec grand sourire. Et c'est là qu'Aaron prit conscience de la chance qui s'offrait à lui. La cuillère d'Edwin n'était pas sur sa ceinture. Où était-elle ? Certainement dans la cuisine. Là où elle avait du la laisser en débarrassant ou en allant chercher le dernier plat du repas. Sachant à présent qu'il allait enfin pouvoir revoir ses parents et ce dès le lendemain, l'envoi de sa lettre devenait impératif pour les prévenir. Il n'osait imaginer la joie que ressentirait sa mère en lisant ses quelques mots. Tremblant d'excitation, Aaron prétexta un besoin d'aller aux toilettes. Il s’éclipsa du salon sous les yeux intrigués de quelques convives dont l'attention se reconcentra vite sur la part de gâteau aux trois chocolats qui venait de leur être servie.

    Telle la gente féminine les jours de solde, Aaron déferla dans la cuisine avec un air vacillant entre l'empressement et la folie. Il scruta toute la cuisine à la recherche de la fameuse cuillère. Et brusquement, Miracle ! Elle était là, abandonnée sur la table de travail, entourée de casseroles, d'un moule et de traînées de poudre blanche qu'il n'eut pas de mal à identifier comme étant de la farine. Sans doute les restes de l'activité cuisine à laquelle Léo avait participé en fin de journée. Aaron accourut vers l'objet de sa convoitise. Mais sa précipitation lui joua un bien vilain tour. Tapis dans l'ombre des ustensiles de cuisine, des yeux affûtés l'observaient avec frayeur. Seulement, lorsque la silhouette imposante du gamin s'approcha de trop près se fut le signal d'alerte. Dans un miaulement farouche, un chat noir lui sauta dessus. Par chance, la peur du garçon lui offrit un réflexe lui permettant d'être griffé uniquement au dos de la main droite plutôt qu'au niveau du visage.

    - Aïe !!! Saleté ! D'où tu sors comme ça ? Rouspéta-t-il alors que l'animal prenait la fuite en direction du salon.

    Aaron observa l'étendu des dégâts causés par ce chat dont la réaction avait sans doute été motivée par la peur. Du sang commençait à s'écouler en deux traits fins mais ça n'était pas bien profond. Heureusement, car notre ami savait qu'il n'avait pas de temps à perdre s'il souhaitait prévenir ses parents. Il ne tarda donc pas à sortir de sa poche arrière son petit morceau de papier qu'il déplia pour en relire rapidement le contenu. Une fois sûr de lui, il empoigna la cuillère magique d'Edwin et frappa le papier avec. Seulement, l'effet souhaité ne fut pas au rendez-vous. La feuille n'avait pas bougé d'un pouce, restant éternellement à l'état de papier plutôt que de prendre la forme d'un oiseau. Surpris, Aaron refit un essai, puis un autre, puis encore un autre jusqu'à ce que l'énervement le gagne et qu'ils prononcent une série d'injures.

    - Aaron ? Aaron tu es là ?

    C'était la voix nasillarde de Ginger. Son absence commençait sans doute à faire long. Il devait se dépêcher avant qu'il ne soit trop tard. Mais malheureusement ce foutu courrier ne voulait pas s'envoler. Qu'avait-il mal fait ? Se pouvait-il qu'Edwin lui ait menti ? Non ! Ça devait être autre chose. Aaron ferma les yeux et tenta de repenser à tout ce que la servante avait fait. Mais il eut beau y réfléchir, il ne trouvait pas la solution. Les secondes s'écoulèrent et il vit alors ses espoirs disparaître en sachant pertinemment que Ginger serait là dans très peu de temps. Du coup, ses pensées se dirigèrent vers ses parents qu'il espérait vraiment voir le lendemain. La peur de leur absence le troublait. Il avait besoin de les voir, de leur parler, de les enlacer dans ses bras. Fragilisé par son imagination, Aaron relâcha sans s'en rendre compte son poignet. La cuillère se rapprocha de la feuille jusqu'à la toucher une nouvelle fois.

    - Aaron ! Il serait peut-être bon de répondre lorsque l'on t'appelle mon garçon. C'est toi qui a fait peur à Murdoc ?

    Ginger venait de le surprendre en pénétrant sans bruit dans la cuisine. Tout penaud, l'adolescent se tourna vers elle pour mieux lui parler.

    - Murdoc ? C'est qui Murdoc ?

    - Mon chat ! Celui que j'avais pris soin de laisser dans la cuisine pour que personne ne soit embêté. D'ailleurs, que fais-tu ici ? Tu ne devais pas...

    - Aller aux toilettes. Si si j'y suis allé mais j'ai entendu un bruit ici donc je suis venu voir et votre chat m'a sauté dessus.

    - Ne dit pas de sottises. Murdoc n'attaque que lorsqu'il est agressé. Je suppose que tu as fait quelque chose qui lui a déplu.

    - Mais non ! S'offusqua Aaron face à l'injustice dont elle faisait preuve.

    - Et que fais-tu avec cette cuillère en bois dans les mains ?

    - Je... Euh... Elle était justement par terre quand je suis arrivé et je venais de la ramasser quand vous êtes entrée.

    - Je vois. Bon et bien aller, les autres nous attendent pour le dessert. Ne les faisons pas patienter plus que de raison.

    Faisant tournoyer sa robe, Ginger sortit aussitôt de la cuisine d'un pas décidé, suivi par un Aaron beaucoup moins motivé. Seulement, un gazouillement provenant de derrière lui ralluma la flamme qui s'était éteinte en lui. Il jeta un œil sur la table et constata que sa feuille n'était plus. A la place, un bel oiseau gris le toisait avec intérêt. Heureux, Aaron voulut se rapprocher du volatile mais celui-ci ne l'attendit pas. Prenant son envol, il fit un tour rapide au plafond avant de s'éclipser par la fenêtre qui était restée entrouverte. Ravi, Aaron l'observa prendre le large. Il virevoltait à présent entre les arbres, prenant la direction de la maison de ses parents.

    - Tu veux que je te tienne la main peut-être ?

    La quarantenaire rousse venait de refaire irruption dans la cuisine en le fusillant d'un regard empli de reproches. Soufflant, Aaron ne perdit pas de temps à réagir à sa remarque. Il était bien trop heureux d'avoir réussi qu'il se foutait bien des petites remontrances de cette femme qu'il ne connaissait pas. Il alla reposer la cuillère à l'endroit même où il l'avait trouvé. Puis, il quitta les lieux en ayant cette fois en tête la certitude que demain il verrait ses parents.

    La fin de soirée se passa très vite et dans une ambiance bien plus décontractée que lors du repas. On entendit même Rayane et Elyas rigoler dans un coin de la pièce. Edwin et Ginger échangeaient quelques mots par écrit. Bradock quant à lui s'était coltiné la présence de Murdoc qui ronronnait sur ses jambes alors qu'il tentait de lire le journal. De leur côté, Aaron et Léo jouaient à une partie de cartes avant d'aller se coucher. La scène avait quelque chose d'apaisant. Ou peut-être était-ce parce que depuis longtemps Aaron ne s'était pas senti aussi bien. Demain, il reverrait ses parents...

     

    Suite : "Chapitre 9"


  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Septembre 2013 à 23:21

    Hum... M'est avis qu'il a fait une belle bêtise, le Aaron... Non ?

    2
    Lundi 23 Septembre 2013 à 13:48

    Ahah tu le découvriras bien vite dans le chapitre 9^^Merci pour ta lecture et d'avoir prit le temps de laisser un petit commentaire

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