• Chapitre 6 : Le Sanctuaire des Révélations

    Chapitre 5 : Le Sanctuaire des Révélations

     

    Le face à face avait sonné. Toujours placé derrière le bureau, Aaron ne cessait de fixer le responsable de toute cette situation dans laquelle il avait été emmené bien malgré lui. La curiosité existante des dernières minutes n'était plus qu'un lointain souvenir. A la place, une inquiétude grandissante venait de frapper de plein fouet notre jeune ami qui ne savait pas trop comment réagir face à cet individu dont il ne connaissait rien au final. C'est donc avec la gorge serrée et les mains moites qu'Aaron joua à ce jeu du silence. Les yeux aiguisés, le souffle court, sensible aux moindres gestes de l'un ou de l'autre... La scène qui se déroulait au coeur même de cet endroit avait une touche à l'ancienne comme au temps du Far West. Il fallait donc attendre une seule et unique chose : Que le signal se fasse ressentir et que le plus rapide se mette à tirer.

    Seulement, la partie était loin d'être gagnée pour Aaron. D'autant qu'il n'avait que peu de chance de rivaliser face à un homme dont la seule faiblesse perceptible n'était autre que le manque de sommeil lisible sur les traits de son visage. La sensation de malaise s'accentua alors seconde après seconde chez notre ami qui ne savait plus quoi faire. Il perdit toute contenance qui pourtant avait été nourrie jusque là par la colère qui le malmenait depuis son enlèvement. Le mur qu'il s'était construit à l'intérieur venait donc de se fissurer fragilisant toujours plus l'adolescent. Pire ! Son coeur s'emballa de plus bel lorsque, toujours aussi silencieux, Elyas s'avança d'un pas décidé vers lui. Par réflexe, Aaron fit quelque pas en arrière, manquant alors de tomber en se prenant le fauteuil du bureau dans les jambes. Mais il n'en perdit pas pour autant le lien visuel qu'il avait sur l'autre homme. Remarquant qu'il contournait le meuble par la droite, il s'empressa de faire de même mais de l'autre côté. Il avait ainsi l'impression d'être en sûreté, l'impression qu'un simple meuble placé entre deux individus lui offrirait toute la protection nécessaire. Certes il ne s'agissait que d'une rêverie d'enfant. Mais cette rêverie lui suffisait amplement à cet instant précis.

    - Tu veux bien t'asseoir pour que l'on puisse discuter Aaron ?

    La voix d'Elyas venait de briser si brusquement le silence imposé par cette situation qu'elle en fit trembler de surprise le jeune Durtsam. Un spasme incontrôlable qui le poussa à songer un court instant à s'élancer vers la porte pour fuir. Bien sûr, cette solution paraissait comme la plus sage et censée des décisions. Mais quelque chose clochait et perturbait l'esprit déjà si torturé du garçon. C'était indéniable, la peur régnait en maître chez lui. Mais étrangement, une voix intérieure le poussait à rester. Toute cette histoire présentait bien trop de questions sans réponses et de phénomènes inexpliqués. Oui. Non. Peut-être. Je pars. Je reste... la balance entre le bien et le mal joua parfaitement son jeu sur les frêles épaules d'Aaron qui sans s'en rendre compte s'éloigner du bureau, petits pas par petits pas.

    Complètement à l'opposé, Elyas quant à lui semblait bien loin de se soucier des préoccupations du jeune garçon. Depuis son invitation à s'installer, il avait pris place assise sur son siège et avait de suite rangé l'étrange boîte dans son tiroir. D'un calme déroutant, il avait ensuite feuilleté quelques documents avant de croiser tranquillement les bras et d'observer Aaron dans son dilemme du « Je pars ou je reste ».

    - Je sais que tout ce que tu as pu vivre durant ces dernières vingt quatre heures a du être destabilisant et des milliers de question ont du sillonner tes pensées. Mais rassure toi, on ne te veut aucun mal. Au contraire !

    - Aucun mal ? Vous m'avez enlevé ! Vous m'avez enfermé dans cette foutue maison bizarre ! Vous... Vous... Explosa brusquement l'adolescent se sentant obligé de réagir.

    - Je comprends ta colère Aaron mais calme toi il y a des explications à tout cela, tempéra Elyas d'une voix toujours aussi apaisante.

    Malheureusement la machine était lancée et le mur précédemment fissuré venait de s'effondrer chez notre garçon. Il avait besoin d'évacuer toutes les émotions trop longtemps contenues en lui. L'effet « Cocotte Minute » venait de démarrer et allait être difficile à arrêter. Aaron s'emporta alors, le visage rougi par la colère. Et tout en pestant contre son interlocuteur il s'avança vers lui.

    - Me calmer ! Mais... Mais comment je pourrais être calme ! Vous m'envoyez ici et... Et j'ai vu ce monstre... Et ces hommes morts à terre... Et puis Justin... Il était là bas aussi !!! Pourquoi n'est-il pas là ? Pour... pourquoi moi et pas lui ?

    Les vannes venaient d'être ouvertes et la pression était telle qu'un tsunami venait de déferler sur le pauvre Elyas. Après tout, c'était normal. Aaron avait subit tant de chose en si peu de temps que tout garder en lui sans montrer la moindre émotion ni pouvoir se confier à qui que ce soit n'avait pas occasionner que de bonnes choses. La douleur était là et elle devait être expulsée avant que le mal ne le ronge de l'intérieur et ne cause encore plus de conséquences néfastes. Les larmes coulaient à présent sur le visage du garçon quelque peu enflé par l'animosité qu'il ressentait. Ils continuaient de trembler mais cela n'était que la suite logique de son état actuel. Mais malgré tout cela, Elyas semblait impassible à cette boule de nerf qui venait d'exploser devant lui. C'était comme si les éclaboussures laissaient par cet emportement n'avaient fait que glisser sur lui sans même le gêner à outre mesure. Une seule chose avait changé : Son regard était encore plus compatissant qu'à son arrivée.

    - Je comprends...

    - Mais arrêtez de me dire que vous comprenez !!! Explosa aussitôt Aaron sans même laisser le temps à Elyas de poursuivre sa phrase.

    - La colère peut-être une bonne chose mais non maîtrisée elle devient une arme redoutable que l'on peut aisément retourner contre toi. Il va falloir apprendre à canaliser tout ça.

    Cette remarque inattendue eut l'avantage de complètement ébranler Aaron qui ne sut quoi rétorquer. Pourquoi parlait-il de la colère et de sa maîtrise ? Avait-il entendu tout ce qu'il lui avait balancé à la figure ? Aaron en douta une fraction de seconde. Et pourtant, Elyas avait bien en tête tout ce qui torturait le pauvre enfant. Mais, son talent d'orateur lui avait fait prendre une voie plus délicate permettant de contourner le taureau qui fonçait tête baissée sur lui sans prendre le temps de l'écouter. Et cela fonctionnait puisque Aaron resta muet face à sa dernière remarque. Elyas tendit alors le bras vers le siège qui faisait face au bureau et prit la décision de poursuivre sa tentative de discussion.

    - Bien ! Est-ce que tu peux maintenant t'asseoir juste un instant afin que je réponde à toutes tes questions et ce dans une atmosphère un peu plus posée ?

    Au regard d'Aaron, il était évident que les choses ne seraient pas aussi simple à apaiser. Toutefois, bien que serrant les dents, notre jeune ami se décida à suivre les recommandations de l'homme et ne tarda pas longtemps à s'asseoir sur le fameux siège. A présent, qu'ils étaient tous les deux parfaitement installer, l'heure des explications avait sonné.

    - Pour commencer, il faut que tu saches que je ne suis en aucun cas lié à ce monstre et à ces hommes que tu as pu voir dans cette maison la nuit dernière. Je suis venu là uniquement pour toi et toi seul ! Voilà pourquoi ton ami n'est pas avec nous.

    - Mais vous...

    - Je t'ai laissé parler donc laisse moi faire de même s'il te plait !

    La veine tentative d'intervention d'Aaron fut un échec cuisant lui montrant pour la première fois le fort caractère que dissimulait Elyas derrière son air d'homme compatissant. Quelque peu vexé, il croisa ses bras contre son ventre et s'enfonça un peu plus dans son fauteuil pour poursuivre son écoute du discours de son aîné.

    - Je disais donc que je suis venu pour toi Aaron car tu n'es pas n'importe qui et tu es loin d'être un garçon comme tous les autres. Je n'avais pas l'intention de t'envoyer ici sans prendre le temps de tout t'expliquer mais malheureusement les évènements ont évolué d'une manière inattendue. D'une manière à laquelle je ne m'étais pas préparé à vrai dire. C'est pour te mettre en sûreté que j'ai choisi de t'enfermer ici. Et non pour te faire du mal. Je m'excuse de n'avoir pas pu te l'expliquer avant aujourd'hui mais comme tu as pu le voir, j'ai du faire face à quelques ennuis.

    - Mais... mais qu'est-ce que vous me racontez ? Je... je... Vous dites n'importe quoi ! Je suis comme les autres ! Vous vous trompez. Je... Je comprends rien de tout ce que vous me dites. Bégaya Aaron fragilisé par ces explications qui le perdaient plus qu'ils ne le rassuraient.

    - N'as-tu jamais eu la sensation que ta vie n'était pas comme celle des autres ? N'as-tu jamais été témoin d'une chose qui n'avait aucune explication ?

    - Je... euh... Si mais...

    - Tu es bien différent Aaron et je vais te le prouver !

    Cette phrase resta en suspend le temps qu'Elyas attrape de nouveau le sceptre qui avait causé déjà tant de choses dans la vie de notre pauvre ami. Peu rassuré par les propos de l'homme, Aaron vit d'un mauvais oeil l'arrivée du morceau de bois dans la discussion et eut une soudaine envie de s'éclipser. Mais il n'eut pas le temps de réagir que déjà Elyas ferma les yeux et sembla se concentrer en enserrant fermement des deux mains l'objet de l'inquiétude. Aussitôt une nappe de brouillard mystérieuse se forma au dessus du bureau laissant sans voix le jeune garçon qui se décomposait à vue d'oeil. Mais qu'est-ce qui lui arrivait encore ? La peur semblait à nouveau vouloir le malmener mais lorsque des images se dessinèrent dans ce nuage de fumée, ce fut la curiosité qui remporta la partie. Aaron s'y vit alors un bref instant entrain de jouer avec sa soeur puis l'image s'évapora pour laisser place à une autre époque de sa vie. Une époque bien plus vieille puisqu'il se reconnut, lui, tout petit, nourrisson, posé avec amour par sa mère dans son berceau au beau milieu de sa chambre. Un moment attendrissant qui fut alors brusquement interrompu par une étrange lueur bleue qui s'immisça dans le corps du nouveau né. Sa mère accourut aussitôt vers son enfant mais elle n'en vit rien d'inquiétant, juste des pleurs. Ces derniers se calmèrent rapidement, l'enfant s'endormit et la lueur ne fut qu'un lointain souvenir qui se perdit dans l'océan de l'oubli.

    La volute de fumée s'évapora quelques secondes après ces dernières images et Aaron resta là, la bouche ouverte, la main instinctivement posée sur son torse, à l'endroit même où cette lumière bleue s'était immiscée en lui. Il ne comprenait pas. Que s'était-il passé ? Que lui était-il arrivé quand il était petit ? Complètement paniqué mais ayant besoin de comprendre ce qui était entrain de se passer, il ne prit réprimer son envie de poser une question.

    - Qu'est-ce que c'était ?

    - Une vision de ton passé. Une vision reflétant ta destinée.

    - Ma destinée... Mais c'était quoi cette chose qui est entrée en moi.

    - C'est ce qu'on appelle une Flamme de l'Espoir. Ces flammes sont assez rares dans notre monde. Lorsqu'elles apparaissent, elles sont aussitôt  à la recherche de celui ou celle dont le destin sort de l'ordinaire. Tu as été choisi à ta naissance Aaron et il est temps aujourd'hui de prendre en main ton destin

    - Mais qu'est-ce que vous me racontez ! C'est pas possible ! Ça n'existe pas ces choses là à part dans les livres et les films.

    - Où crois-tu que ces choses ont puisé leur inspiration ? L'homme a bien des qualités mais ne le surestime pas. Son imagination ne peut se développer que par la prise de connaissance d'un fait réel à la base.

    - Vous... Vous êtes entrain de me dire que tout ce qu'on voit à la télévision existe ?

    - Tout, Non ! Car depuis toujours l'Homme aime exagérer dans les faits qu'il relate.

    - Je... Je n'arrive pas à y croire. C'est impossible.

    - Je n'en doute pas et pourtant il va te falloir me faire confiance Aaron car comme tu as pu le voir je n'étais pas le seul à être à ta recherche.

    - Vous voulez parler de ces hommes que j'ai vu chez Madame Hildebert ? Ils étaient là aussi pour moi ?

    - Oui. Il s'agissait d'un groupe d'Elfes noirs et il n'aurait pas été bon pour toi de tomber entre leurs mains. Mais là n'est pas l'objet de notre conversation. Tout ce qu'il te faut savoir c'est que tu peux devenir bien plus que ce simple garçon de quatorze ans qui traine dans les rues de son village en rêvant de vivre dans un autre monde. Tu es destiné à accomplir de grandes choses Aaron mais c'est à toi de décider si oui ou non tu souhaites emprunter ce chemin qui s'offre à toi.

    Un long silence s'imposa alors entre les deux individus. Si jusqu'à maintenant le mystère planait sur toute cette histoire, cette longue conversation venait d'offrir à Aaron tout un tas de nouvelles informations difficile à avaler. C'était comme si le monde qu'il s'était inventé depuis ces nombreuses années se révélait être réel. Très déroutant il fallait l'avouer. Recroquevillé sur son siège, décontenancé, le jeune Durtsam tenta donc de se calmer pour analyser la situation dans laquelle il s'était aventuré. Elyas sembla tout à fait comprendre ce besoin de réflexion et resta alors muet et respectueux.

    Malheureusement, les choses n'étaient pas destinées à se poursuivre ainsi. Ouvrant la porte avec fracas, Edwin accourut dans le bureau sous les regards surpris de nos deux protagonistes. La respiration haletante, les cheveux quelque peu décoiffés par la course effrénée qu'elle devait avoir parcourue pour arriver jusqu'ici, la pauvre n'était pas dans son assiette. Dans ses mains, un morceau de feuille de couleur mauve virevoltait au rythme de ses mouvements de panique. L'inquiétude était évidente dans les yeux d'Elyas et lorsqu'il parcourut rapidement le message que la bonne lui confia, Aaron sut aussitôt que l'urgence était de mise. Pourquoi ? Malheureusement il n'en savait rien et n'eut pas la chance de le savoir. Se relevant prestement, Elyas empoigna son bâton avant de reporter son attention sur le garçon.

    - Aaron je dois te laisser car une affaire importante m'attend. Mais promet moi de réfléchir à ce que je viens de te dire. Car sans l'accord de son hôte, une flamme se meurt.

    - Je...

    Mais malheureusement, notre pauvre garçon ne put répondre aux directives d'Elyas qui prenait déjà le chemin de la sortie.

    - Edwin ! Ramenez Aaron dans sa chambre. Et si il a besoin de se dégourdir les jambes, laissez le faire. Je pense qu'il en sait assez à présent pour prendre les bonnes décisions.

    Il ponctua sa dernière phrase par un petit clin d'oeil amical envers le jeune Durtsam puis s'empressa de quitter la pièce pour une destination inconnue aux yeux de ce dernier. Ayant reprit une attitude plus sereine et bienveillante, Edwin se recoiffa les cheveux d'un geste délicat de la main et  alla rejoindre Aaron en lui affichant un large sourire. Ce dernier savait qu'il n'avait plus rien à faire ici et que de toute façon il avait besoin de réfléchir avant de prendre une quelconque décision sur cet avenir qu'on lui prétendait nécessaire. Il ne rechigna donc pas à suivre la gouvernante et ils quittèrent tous deux ce bureau qui était devenu sans le vouloir le sanctuaire des révélations.

     

    Suite : "Chapitre 7"


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